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Nouveau bilan de repérage de la fragilité : AMK 10 et programme ICOPE

Nouveau bilan de repérage de la fragilité : AMK 10 et programme ICOPE

Nouveau bilan de repérage de la fragilité : AMK 10 et programme ICOPE

Depuis le 1er septembre 2026, les masseurs-kinésithérapeutes peuvent facturer un nouveau bilan de repérage de la fragilité chez les personnes âgées : l’AMK 10. Cet acte donne une traduction conventionnelle concrète à une mission de prévention déjà reconnue dans le champ de compétence des kinésithérapeutes et s’inscrit dans la dynamique du programme ICOPE de l’Organisation mondiale de la santé.

Son objectif n’est pas de poser un diagnostic de dépendance, ni de remplacer une évaluation gériatrique complète. Il consiste à identifier précocement des fragilités susceptibles d’entraîner une perte d’autonomie, puis à organiser une orientation et une coordination adaptées avec le médecin traitant et les acteurs du territoire.

Un nouvel acte de prévention

L’acte est inscrit à la NGAP sous l’intitulé : Bilan de repérage de la fragilité de la personne âgée de 70 ans ou plus, coté AMK 10.

Il est applicable à compter du 1er septembre 2026. Sa valeur en métropole est de 22,10 €, avant l’application éventuelle des indemnités de déplacement selon les règles conventionnelles habituelles.

Le bilan peut être réalisé :

  • Sur prescription médicale.
  • Ou sans prescription médicale, à l’initiative du masseur-kinésithérapeute, lorsqu’il identifie ou soupçonne une fragilité chez une personne déjà prise en charge dans le cadre de ses soins.

Il est donc particulièrement adapté à la réalité clinique des kinésithérapeutes : accompagnement de patients à domicile ou au cabinet, observation de leurs capacités fonctionnelles, écoute des plaintes et repérage de changements dans leur état de santé ou leur environnement.

La nomenclature prévoit la transmission d’un compte rendu obligatoire au médecin traitant ou, lorsque cela est pertinent, au médecin prescripteur. Cette transmission est essentielle : le repérage ouvre un parcours de prévention et de coordination ; il ne doit pas rester une évaluation isolée dans le dossier du professionnel.

Les repères de la HAS

L’AMK 10 s’appuie sur une logique de prévention cohérente avec les recommandations de la Haute Autorité de santé relatives au repérage ambulatoire de la fragilité.

La HAS définit le repérage comme une démarche destinée à identifier les personnes âgées présentant un risque de développer ou d’aggraver une dépendance. Elle souligne que la fragilité est associée à un risque accru de perte d’autonomie, mais également de chutes, d’hospitalisation, d’institutionnalisation et de décès, dans un délai de un à trois ans.

La HAS recommande un repérage opportuniste, c’est-à-dire réalisé lorsqu’un professionnel rencontre la personne dans le cadre habituel de son activité, plutôt que limité à une campagne ponctuelle ou à une demande explicite du patient. Cette approche correspond très directement à la pratique des masseurs-kinésithérapeutes, qui sont souvent parmi les premiers à constater une baisse de mobilité, une perte de confiance, une diminution des sorties ou l’apparition de difficultés dans les transferts.

Le public cible selon la HAS

Dans sa fiche « Comment repérer la fragilité en soins ambulatoires ? », la HAS propose de cibler prioritairement les personnes :

  • Âgées de plus de 70 ans.
  • Sans dépendance avérée.
  • Indemnes de maladie grave ou en situation clinique stabilisée.
  • Chez lesquelles un professionnel suspecte une fragilité.

Ces repères correspondent étroitement au nouvel AMK 10, réservé aux personnes de 70 ans ou plus. La cohérence entre la recommandation de 2013 et la nomenclature actuelle est donc forte : il s’agit d’intervenir suffisamment tôt, avant que la perte d’autonomie soit installée.

Qui peut repérer la fragilité ?

La HAS précise que le repérage peut être assuré par le médecin traitant ou par un autre professionnel de premier recours : infirmier, pharmacien, kinésithérapeute, aide-soignant ou intervenant à domicile. Le kinésithérapeute est donc explicitement identifié comme un acteur possible de cette première étape.

La valeur ajoutée du kinésithérapeute est particulièrement importante sur la dimension fonctionnelle : marche, transferts, équilibre, capacité à se lever, endurance, force, déconditionnement, peur de tomber, adaptation du domicile et maintien d’une activité physique adaptée aux capacités de la personne.

Repérer n’est pas diagnostiquer

La HAS distingue clairement le repérage de l’évaluation complète. Le repérage est une première alerte : il permet de détecter une situation à risque et de déclencher la suite du parcours. L’évaluation globale, notamment lorsqu’une fragilité est suspectée ou confirmée, relève d’une démarche multidimensionnelle plus approfondie, souvent désignée sous le terme d’évaluation gériatrique globale.

Selon la HAS, le repérage doit être suivi d’une évaluation de la personne et de la formalisation d’interventions préventives dans un plan personnalisé de soins. Le bénéfice recherché réside donc moins dans le résultat d’un test isolé que dans la capacité à mettre en œuvre, au bon moment, des actions coordonnées et individualisées.

ICOPE : une approche centrée sur les capacités

ICOPE, pour Integrated Care for Older People — « soins intégrés pour les personnes âgées » — est un programme de santé publique développé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et déployé progressivement en France. Il s’adresse aux personnes âgées de 60 ans et plus et vise à prévenir la perte d’autonomie en soutenant le vieillissement en bonne santé.

Son principe est simple : repérer le plus tôt possible les premiers signes de fragilité, avant qu’ils ne s’aggravent ou n’entraînent une diminution de l’autonomie. ICOPE permet ainsi de proposer, lorsque cela est nécessaire, une évaluation complémentaire, des conseils personnalisés et une orientation vers les professionnels ou ressources adaptés à la situation de chaque personne.

Le programme ne se limite pas à la recherche de maladies. Il s’intéresse avant tout aux capacités intrinsèques : l’ensemble des aptitudes physiques et mentales qui permettent à chacun de réaliser les activités importantes dans sa vie quotidienne et de continuer à faire ce qui compte pour lui.

Le dépistage ICOPE, appelé Step 1, explore six domaines :

 

Le programme ICOPE comprend quatre grandes étapes : le dépistage, l’évaluation approfondie en cas d’alerte, la construction d’un plan de soins ou d’interventions personnalisées, puis le suivi et le renouvellement du repérage.

Mobilité : un rôle majeur du kinésithérapeute

Dans le cadre ICOPE, la mobilité est repérée notamment par le test des cinq levers de chaise. La personne doit se lever et se rasseoir cinq fois le plus rapidement possible, sans utiliser les bras, ceux-ci étant croisés sur la poitrine.

Selon le référentiel ICOPE repris dans les documents de la HAS, une personne de 60 ans ou plus qui ne réalise pas les cinq levers en moins de 14 secondes présente une limitation de la capacité motrice nécessitant une évaluation approfondie. Cette donnée doit toutefois être interprétée dans son contexte clinique : douleur aiguë, pathologie locomotrice connue, limitation orthopédique, trouble neurologique, fatigue importante ou environnement matériel inadapté peuvent influencer le résultat.

L’évaluation approfondie de la mobilité peut notamment inclure le Short Physical Performance Battery (SPPB), qui associe des tests d’équilibre statique, une vitesse de marche sur quatre mètres et le test de lever de chaise. Cette seconde étape ne se confond pas avec le repérage bref facturé AMK 10 : elle répond à la nécessité d’affiner la situation lorsqu’une alerte a été identifiée.

Le kinésithérapeute peut alors contribuer à caractériser la limitation fonctionnelle, à proposer des actions de prévention des chutes, à travailler la force, l’équilibre, la marche et la confiance motrice, ainsi qu’à conseiller une activité physique adaptée et sécurisée.

Modalités pratiques de l’AMK 10

Pour facturer l’AMK 10 de manière rigoureuse, plusieurs conditions doivent être réunies :

La cotation doit correspondre à une véritable démarche de repérage. Elle ne peut pas se réduire à la seule constatation d’un risque de chute ou à l’utilisation isolée d’un test moteur au cours d’une séance habituelle. La qualité de la traçabilité et la transmission au médecin sont les garanties d’un parcours utile pour le patient.

Quel parcours après une alerte ?

Une alerte détectée lors du bilan AMK 10 ne signifie pas qu’une dépendance est installée. Elle invite à approfondir la situation et à mobiliser les ressources appropriées.

Selon les résultats, le masseur-kinésithérapeute peut notamment :

  • Informer la personne et recueillir son accord pour partager les éléments utiles.
  • Transmettre un compte rendu structuré au médecin traitant ou prescripteur.
  • Conseiller une consultation médicale lorsque l’alerte nécessite une évaluation diagnostique, médicamenteuse ou gériatrique.
  • Proposer, dans le cadre de ses compétences et de la prescription lorsque nécessaire, un accompagnement ciblé sur la mobilité, l’équilibre, la force, l’endurance, la prévention des chutes et la reprise d’activité.
  • Orienter ou encourager l’orientation vers les professionnels concernés : médecin, diététicien, orthoptiste ou ophtalmologiste, audioprothésiste ou ORL, psychologue, infirmier, assistant social, équipe gériatrique, services d’aide et de soins à domicile.
  • Participer à la construction d’un plan personnalisé de prévention, en cohérence avec les souhaits, les capacités et l’environnement de la personne.

La HAS insiste sur cette logique : le repérage est la première étape d’une séquence qui doit conduire, lorsque nécessaire, à une évaluation globale et à des interventions de prévention personnalisées.

À retenir

L’AMK 10 crée une opportunité concrète pour les kinésithérapeutes de renforcer leur rôle dans la prévention de la perte d’autonomie. Il formalise un repérage opportuniste chez les patients de 70 ans ou plus, avec un cadre ICOPE, une cotation dédiée et une obligation de coordination avec le médecin.

Cette démarche rejoint les recommandations de la HAS : repérer tôt, chez des personnes non dépendantes, les signes de fragilité pouvant annoncer une chute, une hospitalisation ou une perte d’autonomie ; ne pas s’arrêter au repérage ; proposer ensuite une réponse coordonnée, individualisée et centrée sur les capacités de la personne.

points de vigilance : 

  • L’acte n’est pas un BDK et ne remplace pas le bilan diagnostic kinésithérapique requis dans le cadre d’un traitement de rééducation.
  • Le seuil conventionnel de facturation est fixé à 70 ans, même si le programme ICOPE, dans son déploiement de santé publique, s’adresse plus largement aux personnes de 60 ans et plus.legifrance.gouv+1
  • Le compte rendu au médecin traitant ou prescripteur est une obligation associée à la cotation : il est préférable de formaliser un modèle régional simple et homogène pour les kinésithérapeutes.
  • L’AMK 10 doit correspondre à un véritable temps de repérage ICOPE, et non à la simple mention d’un risque de chute au cours d’une séance habituelle

Où trouver le bilan ICOPE ?

Vous pouvez également installer l’application ICOPE Monitor sur tablette ou smartphone via l’App Store ou Google Play. Elle est utilisable gratuitement ; la version web peut être plus confortable au cabinet, notamment pour compléter le bilan avec le patient, l’imprimer et conserver une organisation homogène à vos autres bilans.

 

 

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